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  • Photo du rédacteurOdy

LES COMMANDOS KIEFFER,

On a déjà entendu parler de cette unité spéciale et de sa participation au débarquement du 6 juin 1944. On connaît moins sa dénomination officielle et l'origine de sa création. Effectivement, à part le fait que c'était de sacrés bonhommes et qu'ils ont foulé les plages de Normandie lors du jour J, leur histoire est plutôt floue pour pas mal de monde. Je m'en vais donc vous embarquer dans ma machine à remonter le temps et on va revoir ensemble un peu tout ça. Ne vous en faites pas, vous aller kiffer Kieffer ...



Au COMMENCEMENT, ETAIT LE vERBE ...


Enfin non, plutôt un nom commun : commando. C'était le nom des unités légères Sud-Africaines lors de la Seconde Guerre des Boers, au début du XXe siècle. En 1940, Churchill amorce la création d'une force de 20 000 hommes. Ces troupes d'assaut doivent être capables d'opérer en petites unités, extrêmement mobiles et autonomes, dont la mission sera de mener des actions destructives ou de renseignement en territoire sous contrôle ennemi. Ce seront donc des Commandos.



Et pour le coup, le territoire en question, c'est l'Europe et, plus particulièrement, la partie de celle-ci qui s'étend de la côte Atlantique française, jusqu'à la Norvège au-delà du cercle arctique. Ouaip, ça fait pas mal de kilomètres à couvrir.


Mais, jusqu'en 1942, pas de français dans les rangs des volontaires de la 1st Special Service Brigade, seulement des troupes britanniques. On doit à cette brigade plusieurs raids plus ou moins connus, comme l'Operation Claymore, sur les Îles Lofoten en 41, l'Operation Jubilee, autrement connu comme la Bataille de Dieppe en août 42 (qui fut un échec et à laquelle participèrent 15 Fusiliers Marins Commandos français), mais aussi et évidemment, le D-Day, puis la Bataille des Ardennes ou encore la traversée du Rhin (Operation Plunder). Chacune de ces opérations mériterait un article détaillé ...




GARDEN PARTY Au CHÂTEAu

Mais bref, revenons en 1940, à la rencontre de Philippe Kieffer. Né en Haïti, cet Alsacien d'origine s'y marie et devient directeur de banque après des études aux Etats-Unis. Il deviendra même co-directeur de la banque nationale de la République d'Haïti et secrétaire de la chambre de communication.


En mars 1939, il rentre en France pour y retrouver ses racines. Seulement voilà, un certain petit moustachu particulièrement hargneux a décidé de ventiler ses frustrations et ses ambitions douteuses sur toute l'Europe.

Malgré son âge (40 ans), Philippe Kieffer se porte volontaire. Il est d'abord biffin, sous-lieutenant, et officie en tant qu'interprète militaire. Mais, le 10 septembre 39, il quitte l'Armée de terre pour la Marine, qu'il intègre comme quartier-maître, avec la fonction de secrétaire auprès de l'amiral Nord (ce n'est pas son nom hein, c'est son domaine d'opération).


Bon. On sait tous comment ça se termine pour la France à la mi-1940 ... Qu'à cela ne tienne, dès le lendemain de l'appel du grand Charles, l'enseigne de vaisseau Kieffer s'embarque pour le Royaume-Uni et rejoint les Forces navales françaises libres, dès le jour de leur création ! Pour la petite anecdote aviationnesque, "Le Grand Charles" était le nom peint sur le flanc de l'un des avions de notre plus grand As de la Seconde Guerre Mondiale, Pierre Clostermann. A ce jour, on ne sait toujours pas s'ils s'agissait d'un clin d'oeil à notre cher Général ou à Charles Guynemer, grand As lui aussi, mais de la "der des der".


Et donc, en ce 1er juillet 1940, il assume le rôle "d'officier de réserve interprète et du chiffre" (ORIC).


Il est bluffé par la badasserie des commandos britanniques lors du raid des Îles Lofoten et se dit que, la vie de bureau c'est bien, mais que ça le botterait bien de créer une unité du même calibre bien de chez nous ...


Ce qu'il va faire ! Nous sommes début janvier 1942 et Kieffer crée une compagnie d'instruction dont il prend la tête. Lui et ses cadres vont se former chez les Royal Marines à Eastney.

Lord Mountbatten (alors chef des opérations combinées) propose alors à Churchill de créer un commando de forces alliées. Ca tombe bien ! Il faut y voir un certain avantage à récupérer des bonhommes issus des pays occupés : ils connaissent le terrain, la langue, les coutumes, bref, c'est tout bénèf ! Ce cher Winston, qui avait le nez creux, en reconnaît le mérite et valide le concept et, dès le 2 avril 42, Kieffer et ses hommes sont placés sous autorité britannique. Fin 43, le bataillon, désigné 1er Bataillon Fusiliers Marins Commando (1er BFMC) est constitué de 3 "Troops" (sections). La 1, la 8 et la Troop d'appui (dénommée K-Guns).


L'entraînement commun à tous les commandos a lieu dans un endroit charmant, j'ai nommé Achnacarry, en Ecosse.



Je récapitule ? Entraînement. Commando. Nord de l'Ecosse. En Février ! Voilà, rien que ça, vous savez que vous n'allez pas rigoler tous les jours ... Déjà, d'entrée, histoire de bien vous annoncer la couleur, vous vous tapez à pied les 30 bornes depuis la gare jusqu'au château (oui, évidemment, ça se passe dans un château lugubre) avec tout le barda et le climat qui va bien.


Pour le boulot qu'ils auront à faire par la suite, on comprend les exigences de départ ! Et le boulot, ils le font si bien que le vilain Adolf donne l'ordre d'abattre tout commando ennemi capturé, au mépris de toutes les conventions et règles de la guerre, mais lui, il n'en est déjà plus là depuis longtemps ...


"LES NAZIS, JE HAIS CES GENS-Là ..." - Professeur Henry "Indiana" Jones Jr. 1938

Parce que les balades dans les Highlands d'Ecosse c'est bien joli, mais il faut mettre tout ça en pratique !


Et dès l'été 1942, 15 hommes de la Troop 1 participent au débarquement sur Dieppe, l'Operation Jubilee. L'un d'entre eux sera tué au combat, tandis qu'un autre fut capturé avant de se faire la belle et de rejoindre son unité 10 mois plus tard.


Une autre opération moins connue, Fortar a lieu du 1er au 4 septembre 42. Le job : une reconnaissance spéciale sur les côtes françaises, plus précisément à Eletot, en Seine-Maritime. 2 de nos commandos français sont détachés auprès du 12e commando de la Force J.


Puis vient la série des missions Hardtack, qui sont aussi une suite de recos sur les côtes françaises. Durant ces missions, qui auront lieu entre le 23 décembre 43 et le 20 janvier 44, les commandos récupèrent de précieuses infos sur les défenses côtières. Eh oui, l'Operation Overlord est déjà dans les tuyaux et se rapproche à grands pas, il faut un max de billes avant de lancer le débarquement !


Enfin a lieu l'Operation Premium, les 27 et 28 février 44, à Wassenaar, en Hollande.


LES JOuRS LES PLuS LONGS !

Eh oui, vous l'avez compris, le gros morceau, pour nos commandos, ce sera le Débarquement en Normandie, l'Operation Overlord, le D-Day, le jour le plus long !


Dans les jours précédant le 6 juin, les photos des objectifs de mission sont distribuées aux 177 membres des commandos et les hommes sont divisés en 2 troops et une section K-Guns. Le 5 juin, Kieffer est promu capitaine de corvette et c'est à la tête de ses troupes qu'il débarque sur les plages de Normandie le lendemain matin.


Ils sont les premiers à poser les rangers sur Sword Beach, sur le flanc Est du dispositif, depuis les barges 523 et 527. Il est 7h32. Obectif : La Brêche, à 500m à l'ouest de Ouistreham.


En peu de temps, ils s'emparent d'un canon de 50mm qui avait précédemment ouvert le feu sur eux et truffé la barge 523 de vilains pruneaux. Dans la foulée, ils prennent l'ancien casino de Riva-Bella, puis poursuivent à travers les bocages en traversant Colleville et Saint-Aubin-d'Arquenay.


A 16h30, ils rejoignent enfin les paras britanniques de la 6e Division Aéroportée à Pegasus Bridge. Aux alentours de 20h00, ils atteignent Amfreville et s'installent sur les lisières du Plain. Ils tiendront ces positions pendant presque 2 mois, tout en menant des actions de tous côtés.


Mais, contrairement à ce que pourrait laisser à penser ce que vous venez de lire, ça n'a pas été une partie de plaisir et les pertes ont été conséquentes. Au soir du 6 juin, les commandos de Kieffer auront perdu près d'un quart de leurs effectifs (morts et blessés confondus). Kieffer lui-même a été touché 2 fois dans la journée !


10 hommes perdent la vie : 2 officiers et 8 hommes de troupe.


Jusqu'au 24 août 44, le 1er BFMC livre combat dans la région avant d'être rapatrié en Grande-Bretagne le 6 septembre, sur la base du 4e Commando dont il fait partie, à Bexhill-on-Sea pour des permissions bien méritées.



Anvers et contre tout

2 mois plus tard, le 1e BFMC est déployé dans le cadre des opérations Infatuate, Intemperate et Interruption. La campagne des Pays-Bas et de Belgique vise à libérer ces deux pays et commence par l'assaut sur l'Escaut, étape nécessaire pour récupérer le port d'Anvers, nécessaire au déploiement des renforts. Il en va de même pour Flessingue, aux Pays-Bas, un port de commerce essentiel.


Au cours de cette campagne, qui dura de novembre 1944 à mars 45, le 1e BFMC perdra 5 hommes et comptera 6 blessés.


L'Héritage

Le commando a été cité 4 fois à l'ordre de l'armée et, encore de nos jours, les commandos marine sont les seuls combattants français à porter le béret vert "à l'anglaise", c'est à dire avec le côté gauche (portant l'insigne) relevé. Enfin presque, puisque les fusiliers marins et les membres de la brigade franco-allemande suivent la même coutume.


Les héritiers actuels du 1e BFMC sont les 7 unités de commandos marine de la Marine Nationale. Deux portaient les noms de deux officers tombés au combat (le Commando Hubert et le Commando Trepel) jusqu'à ce qu'ils soient rejoints par le Commando Kieffer, créé en 2008 en l'honneur du père des commandos français, décédé en 1962 (il était temps, j'ai envie de dire ...).


Ainsi s'achève notre détour par le XXe siècle et les plages de Normandie. Il y aurait beaucoup plus à en dire, mais ce n'est qu'un article, pas un livre !


La prochaine fois, nous nous retrouverons pour ... bah ! On verra bien !


Overlordement vôtre,


Votre humble et dévoué serviteur,







- oDY










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