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EYLAu, IS IT ME YOu'RE LOOKING FOR ?

Vous l'aurez compris, ici on ne va pas parler de la chanson bien connue de Lionel Richie, mais de la bataille homophone de Eylau ! Pour cette reprise, je vous propose donc une remise dans le bain plutôt digeste avec un court récit de cette coûteuse victoire française.


uN PEu DE CONTEXTE


Après s'être pris une sacrée tôle à Iéna et Auerstaedt en octobre 1806, le général russe Bennigsen, malgré les 60 000 hommes reçus en soutien, prêtés gracieusement par le Tsar Alexandre Ier, est obligé de jouer la montre, le temps que les renforts menés par le général Buxhoeveden arrivent. Il se replie donc sur la ville polonaise d'Ostroleka.


Notre bon Empereur tente d'encercler cette retraite par un mouvement de son flanc gauche. Mais, il fait un temps moisi et la manœuvre échoue ... Seules des escarmouches d'arrière-garde éclatent, à Pullutsk et Golymin, fin décembre 1806.


Enfin, Bux (oui c'est plus court) déboule avec 50 000 bonhommes accompagnés de 30 000 membres de la Garde impériale russe.


Pour Benningsen, c'est du pain Benning, euh béni. Il se retrouve alors avec 140 000 hommes en Pologne. Et qu'est-ce qu'il se dit, notre cher Ben (oui, c'est plus court aussi), eh ben qu'il va commencer par se friter le maréchal Bernadotte et, une fois défait, il prévoit de rentrer dans l'arrière-train des français. Enfin, l'arrière-train des troupes hein, ne dérivons pas !


Sauf que Bernadotte, on la lui fait pas, notamment à l'envers ! Et c'est lui qui prend l'offensive à Mohrungen, le 25 janvier 1807. Et pfioutt ! Le voilà qui réussi à dégager son armée, face à des forces 2 fois plus importantes que les siennes !


Bernadotte envoie un SMS à Napoléon. Comprenez par là un Super Messager Sprinteur qui l'avertit de la présence de ces renforts ennemis. Notre vindicatif monarque ordonne à Bernadotte, ainsi qu'à Ney, l'ordre de se retirer un peu plus en arrière, pour appâter Benningsen et ainsi l'attaquer de flanc et le pousser dos à la Baltique. Oui mais non, car un autre SMS est intercepté par Ben et le piège tombe à l'eau. Napo est poussé à une nouvelle retraite.

La coque de téléphone de Bernadotte ...

La meilleure défense étant l'attaque, Bonaparte décide de pousser Benningsen à l'affrontement général en forçant la marche vers les approvisionnements russes qui se trouvent à Köningsberg.


Le 6 février, Benningsen, acculé après deux combats d'arrière-garde à Hoff et Heilsberg, choisit de tenir bon au niveau du village de Preussisch-Eylau et de tenter de stopper le Corse.


ON ALIGNE LES PIONS !


Nous sommes le 7 février 1807, à Preussisch-Eylau, ville portant aujourd'hui le doux nom de Bagrationovsk, dans l'oblast de Kaliningrad. A l'époque, elle fait partie de la Prusse-Orientale.

Ici, c'est donc Hello, pas Eylau

D'un côté, nous avons donc l'Empire français, avec Napoléon Ier aux commandes, et en face, les forces de l'Empire Russe, soutenues par celles du royaume de Prusse.


L'ordre de bataille est conséquent des deux côtés, avec un avantage numérique pour les Russes, tant au niveau des hommes que de l'artillerie. Napoléon aligne 65 000 hommes et 300 canons, tandis que Ben lui en oppose 84 000, appuyés par 400 canons. Ouaip, on est un peu short, tout de même ...


A PEINE LE TEMPS DE BOIRE uN CAFé APRèS LE DéJEuNER ...

Oui, car dès 14h00, en ce 7 février, Soult et Murat foncent à l'ouest, direction le village de Langsberg, sur l'avant-garde russe, sous les ordres de Pierre de Bagration (qui, comme son nom ne l'indique pas, est du côté russe). Si les premières attaques échouent face à la défense ennemie, un débordement par la gauche de la division Leval et du corps d'Augerau forcent les Russes à se replier sur le village. En début de soirée, les divisions de Legrand, Saint-Hilaire et Leval reprennent Langsberg aux Russes, au terme d'un corps à corps bien velu. Bagration se replie sur les hauteurs à l'est du village.

Non, toujours pas ...

Notons que, à 23h, Napoléon arrive seulement à Eylau, avec seulement 46 000 hommes et 300 canons, Davout et Ney étant encore à, respectivement une vingtaine et une trentaine de km, au sud et au nord. Bernadotte, quant à lui, est encore plus loin !


Néanmoins (et malgré cela, on peut dire qu'il a eu du pif ...), il décide de commencer la bataille le lendemain.

Non, non et non !

MêME PAS LE TEMPS D'uN PETIT DéJ !

Car à 07h00, en ce 8 février, les Russes pilonnent les positions de Soult et le village lui-même. Les Français ripostent et tout cela dure environ 2h. Notons que les troupes (des deux côtés) n'ont quasiment rien mangé et ont dormi sans pouvoir allumer de feu. Vous imaginez l'ambiance, début février, en Prusse-Orientale ...


A 09h00, à défaut de voir débarquer l'ami du petit-déjeuner, l'ami Ricoré, les Français voient arriver Davout, qui attaque directement par le sud.


Définitivement pas la même ambiance ce matin-là à Eylau ...

Mais il est en sous-nombre et, malgré de bons débuts, il se retrouve assez vite en difficulté, ce qui pousse l'Empereur à envoyer le corps d'Augereau et la division de Saint-Hilaire pour lui prêter main forte. Seulement ... il neige (comme si on avait besoin de ça) et les troupes sont gênées dans leur progression. Peinant à s'orienter correctement, elles arrivent de flanc au niveau d'une des batteries d'artillerie ennemies et se font décimer. Le général Desjardins est tué, Heudelet est blessé, tout comme le maréchal Augereau. 900 hommes sont fauchés dans ce pilonnage de mitraille et de boulets.


LES HéROS Du 14E DE LIGNE


Le 14e régiment d'infanterie, après avoir subi ce feu roulant de l'artillerie, se voit bientôt encerclé et anéanti par plusieurs charges ennemies. Napoléon ne peut qu'assister au désastre. Ce qui reste de cette unité est regroupé en carré sur un monticule. Ils résistent et agitent l'aigle impérial pour montrer qu'ils tiennent bon, mais qu'un peu d'aide ne serait pas de refus.


Napoléon demande à Augereau de désigner un officier pour leur porter directement un message. Son plan est le suivant : que les survivants du 14e quittent leur position, toujours formés en carré, pour rejoindre le gros des forces françaises, appuyés par une brigade de cavalerie. C'est l'aide de camp du général Augereau, le capitaine Marbot, qui va se charger de transmettre les ordres. Il s'élance et parvient, on ne sait trop comment, mais avec beaucoup de bol, à traverser une flopée de cosaques et à atteindre le chef de bataillon du 14e.


Mais les ordres arrivent trop tard. Une colonne de grenadiers russes arrivent vers eux, l'artillerie ennemie se tient prêt à les exterminer dès qu'ils quitteront leur position. Le chef de bataillon se retourne vers Marbot et lui confie l'aigle du régiment, lui demandant de la sauver des mains de l'ennemi. Il lui dira :


"Je ne vois aucun moyen de sauver le régiment. Retournez vers l'Empereur, faites-lui les adieux du 14e de ligne qui a fidèlement exécuté ses ordres, et portez-lui l'aigle qu'il nous avait donnée et que nous ne pouvons plus défendre, il serait trop pénible en mourant de la voir tomber aux mains des ennemis."

Marbot récupérant l'aigle du 14e de ligne

Marbot parviendra à ramener l'aigle dans les lignes françaises, il sera blessé et un boulet traversera son chapeau.


Il n'y aura aucun survivant du 14e.


L'EMPIRE CONTRE-ATTAQuE

La garde et la cavalerie russes, sous les ordres du général Somov, tentent de couper les troupes françaises en deux, au niveau du village. Napoléon tient bon et fait donner la Garde.


Cette bonne Vieille Garde charge directement à la baïonnette. L'Empereur est avec eux, et, avec les grenadiers de Dorsenne et les chasseurs à cheval de Dahlmann, les Français arrêtent tout net les grenadiers Russes après un corps à corps sanglant au niveau du cimetière.


C'est là que Napoléon interpelle Murat en ces termes : "Nous laisseras-tu dévorer par ces gens-là ?"


Non, effectivement, la situation est on ne peut plus moisie : les troupes Russes continuent de progresser, les boulets ennemis tombent de tous les côtés, bref, Murant "n'aime pas trop beaucoup ça", comme dirait un certain architecte égyptien.


Alors ce sera la charge, sabre au clair. 12 000 cavaliers qui filent vers les deux divisions engagées par Benningsen. Et ils ne se contentent pas d'un passage, mais se la jouent Gillette G2, et refont un passage en sens inverse.


Ca devait être quelque chose !

Et c'est là qu'on ne peut pas s'empêcher de mentionner le colonel-major des grenadiers à cheval de la Garde Impériale, Louis Lepic. Lors de la charge, son régiment renverse une ligne d'infanterie ennemie, prend une batterie d'artillerie, mais, emporté dans par son élan, se retrouve encerclé par les troupes russes.


C'est alors qu'un officier lui propose de se rendre ... Bien civilisé, le gars, mais notre Lepic, c'est pas le genre ! Il lui répondra : "Regardez ces figures, et dites-moi si elles ont l'air de vouloir se rendre !" Puis il se retournera vers ses hommes et leur déclarera : "Amis, il faut vaincre ou mourir aujourd'hui, nous avons trois lignes d'infanterie à renverser. Beaucoup d'entre nous y resteront sans doute ; mais dût-il n'en retourner qu'un seul pour porter la nouvelle, l'honneur du corps et celui de notre étendard seront saufs."


Et ils y vont les gars. En colonne serré, par pelotons. Et ils chargent ! Ils percent pas moins de trois lignes russes à la suite avant de revenir auprès de leurs propres troupes.


La réaction de Lepic à l'offre de reddition Russe

Les prenant malheureusement pour des cavaliers ennemis (on pensait ne plus revoir Lepic et ses hommes), les Français ouvrent le feu. Deux grenadiers seront tués dans ce tir fratricide.


Napoléon, ayant perdu tout espoir de revoir Lepic et ses hommes, est surpris et heureux de les retrouver. Il nomme sur le champ Lepic général de brigade et lui dit : "Je vous croyais pris, général, et j'en avais une peine très vive." Lepic lui répondit : "Sire, vous n'apprendrez jamais que ma mort !"


Oui, Lepic c'était un vrai bonhomme de son temps !


L'HEuRE Du BILAN

Toute l'après-midi, l'issue de la bataille reste indécise. Côté Prussien, Lestocq renforce les troupes ennemies de ses 10 000 hommes et attaque le flanc droit de Davout. Mais, côté Français, Ney arrive avec 8 000 soldats.


Ce n'est qu'à la nuit tombée que les troupes russes, à court de munitions et sans réserves, se replient, conformément à l'ordre donné par Benningsen (malgré l'opposition de ses généraux), sur Königsberg.


Si Napoléon s'est rendu maître du terrain, cette victoire a été coûteuse ! Il a perdu 5130 hommes, plus de 24 000 sont blessés et 1152 ont été faits prisonniers. Quant aux Russes, ils ont perdu entre 7 000 et 9 000 soldats et 20 000 sont blessés.


On dit que Ney, parcourant le champ de bataille le lendemain, se serait exclamé : "Quel massacre ! Et tout cela pour rien !"


La France, outre ses hommes de troupes et officiers, a perdu plusieurs généraux.


Ces pertes massives, lors de cette victoire à la Pyrrhus, affecteront grandement l'Empereur, qui, contrairement à son habitude, restera une semaine de plus sur le terrain pour superviser les secours aux blessés. Il déclarera : "Cette boucherie passerait l'envie à tous les princes de la terre de faire la guerre."


Si elle n'a pas été décisive, cette bataille restera dans l'histoire comme celle où eut lieu l'une des plus grandes charges de cavalerie de l'histoire et servira de sujet au roman de Balzac, Le Colonel Chabert (qui lui-même donnera plusieurs films, dont celui de 94, avec Gérard Depardieu dans le rôle de ce colonel de fiction).


Comme vous l'avez vu en tête d'article et également ci-dessous, la charge de Murat a fait évidemment l'objet d'une illustration de Redpaln, que vous pouvez vous procurer, comme d'habitude, sur son site et que vous retrouvez également dans le tome 1 des Illustoriques, consacré à Napoléon Bonaparte.


Voilà, j'espère que ce petit article de rentrée vous aura permis de découvrir ou redécouvrir ce grand moment des campagnes Napoléoniennes. Je vous donne donc rendez-vous, si tout se passe bien, la semaine prochaine avec un nouveau sujet (genre l'Amiral Nelson, enfin, je dis ça, je dis rien, hein ...).


Cavalièrement vôtre,


Votre humble et dévoué serviteur,




- oDY








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